8 – Intérêt général et intérêts particuliers

L’intérêt général correspond, en théorie, aux intérêts, valeurs ou objectifs partagés par l’ensemble de la population et censés procurer un bien-être à tous les individus.

En réalité, l’intérêt général est une notion floue, difficile à appréhender :
– si on l’imagine comme un intérêt spécifique à l’ensemble de la population, on pourrait le définir comme le bien-être de tous (ou du plus grand nombre) ou le bien-vivre. Mais est-ce que tout le monde considère ce bien-être de la même manière ? est-ce qu’il y a réellement (objectivement) un bien-être commun ?
– si, en revanche, on considère l’intérêt général comme l’ensemble des intérêts particuliers (privés) qui interagissent entre eux et s’équilibrent (comme dans un écosystème), il est impossible de dire à quoi il correspond exactement.

Dans les discours des politiques on les entend souvent promettre qu’il vont œuvrer pour l’intérêt général.
On peut se demander si les seuls élus – et le maire en particulier – peuvent décider ce qui est bon pour la population1. Ne serait-il pas intéressant de préciser la notion d’intérêt général et de la faire valider par la population, ne serait-ce que par une enquête sur le terrain ? Ne pourrait-on pas faire confiance aux habitants de la commune pour prendre un peu de distance avec leurs propres intérêts et imaginer l’intérêt de la communauté ?

D’un autre côté, il semble difficile pour tout le monde, élus et non-élus, de bien cerner ce qui est d’intérêt général. On l’a vu récemment dans notre Région avec le projet de l’aéroport de Notre-Dames-de-Landes. Quelles sont les raisons qui ont guidé les participants au référendum ? Les attentes de la population de Loire-Atlantique étaient variées : protection de l’environnement, économie locale, besoin de subventions… À cela il faut rajouter les préoccupations égoïstes : on est pour quelque chose, mais pas à côté de chez soi (attitude NIMBY, acronyme de ‘Not In My Back Yard’, qu’on peut traduire par ‘Pas dans mon petit jardin derrière ma maison’).

Dans les débats à l’assemblée communale, les intérêts particuliers seront toujours présents ; on ne pourra pas avoir si les participants qui formulent des objections à une proposition et/ou prennent des décisions, le font pour le bien de la communauté ou pour eux-mêmes. Il y aura donc toujours ce conflit entre l’intérêt général et les intérêts particuliers. Peut-on imaginer que les personnes qui ont des intérêts particuliers en jeu dans une discussion, les formulent clairement et honnêtement afin d’éclairer le débat ?
Remarque : les élus ne sont pas les seuls dépositaires de l’intérêt général ; il ne faut pas oublier l’action bénévole des associations et des acteurs de l’économie sociale et solidaire, souvent plus proches des gens et de leurs besoins que les politiques.

(1) – L’action des élus pour l’intérêt général peut prendre deux formes :
– soit leur objectif est quelque chose de spécifique à l’ensemble de la communauté (vision volontariste),
– soit ils souhaitent améliorer les intérêts particuliers du plus grand nombre de personnes (vision d’inspiration libérale et utilitariste).
(2) – « …
sur les questions d’intérêt général qui concernent les grandes orientations à donner à la vie collective, le citoyen est le meilleur des experts qui soient. » (Patrick Savidan : « Démocratie participative et conflit »)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *