6 – La démocratie radicale

Nicolas Machiavel (XVe, XVIe siècles) écrivait que, dans toute assemblée humaine (Cité, État…) il y avait toujours deux partis, « celui des grands et celui du peuple », les ‘grands’ qui désirent dominer et le peuple qui veut être libre. Il poursuivait sa pensée en disant que « toutes les lois favorables à la liberté ne naissent que de leur opposition. » (opposition entre les ‘grands’ et le peuple). Pour lui, le principe de domination est inhérent à toute société puisque pour définir l’identité d’un individu (ou d’un groupe), il est nécessaire d’exclure d’autres individus jugés non légitimes. Il s’ensuit que les luttes, les tensions entre individus (ou entre groupes sociaux) sont inévitables.
Machiavel fait l’éloge du conflit.

Définition de la démocratie radicale donnée par Samuel Hayat*: « Théorie démocratique radicale valorisant le conflit comme outil de création d’identités politiques plurielles, dont les oppositions continues donnent à la politique démocratique son incomplétude toujours renouvelée. »
* docteur en science politique de l’Université Paris 8 – Saint-Denis

La démocratie radicale s’oppose donc à la démocratie délibérative qui n’accepte dans ses débats que des personnes ‘raisonnables’, ‘rationnelles’, et qui a pour finalité le consensus. Ces processus délibératifs fuient tout conflit en excluant une partie des citoyens jugés indésirables, non conformes.
La politique démocratique doit en revanche être une tentative de bâtir quelque chose en puisant dans l’ensemble de la pluralité humaine, en acceptant toutes les singularités des citoyens et la réalité de leurs passions (des ‘humeurs’ dit Machiavel) ; donc en permettant le conflit au sein des débats. C’est la condition essentielle pour fonder une gouvernance réellement démocratique.

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