2 – Population, peuple

La population d’une commune concerne l’ensemble des personnes qui vivent sur ce territoire, qui y habitent et qui sont enregistrées à la mairie, indépendamment de leurs origines et de leurs appartenances, sans plus de précision (c’est une donnée géographique, statistique, comptable).
Les habitants sont les individus qui constituent la population.
Le terme de peuple est plus fort que celui de population car il introduit une idée d’histoire commune, d’appartenance à une même communauté de pensée, de culture, de mœurs, de croyances… Ce peuple peut être considéré comme l’ensemble des citoyens d’un même État.

Le peuple désigne tantôt une totalité, tantôt une partie de cette totalité. On parle ainsi de multitude, de masse, de foule, de classe… (classe ouvrière, « peuple de gauche », masse laborieuse, « France d’en bas » …)

On note la polysémie et l’ambiguïté du terme « peuple ». Et pourtant il est très souvent invoqué dans les discours politiques, que ceux-ci traitent de démocratie ou non. Plus il y a de sens apportés au mot peuple, plus sa réalité s’estompe ; à tel point que le peuple semble ‘introuvable’ et ne plus être que langage et imagerie dans les discours.

En France, certaines Régions comme la Bretagne ou la Corse ont pu utiliser le mot ‘peuple’ pour se différencier du reste du pays, pour souligner leur identité ‘à part’ (comme mythe fondateur), pour créer leur espace politique.
Ainsi, « Le peuple Breton »
est aujourd’hui un magazine d’opinion, fondé en 1964 lors de la création du parti politique UDB (Union démocratique bretonne). En ce qui concerne la Corse, le Conseil Constitutionnel a refusé (en 1991) l’utilisation de l’expression « peuple corse » en mettant en avant le caractère unitaire de la République et l’unicité du peuple français.

La peuple est souvent évoqué de manière péjorative. Par exemple, lorsque des mots comme multitude, foule, populace sont utilisés comme synonymes de peuple, on sent bien qu’ils évoquent une masse indisciplinée et incontrôlable (voire inculte). C’est par le biais de ce vocabulaire que les élites ennemies de la démocratie démontrent l’impossibilité du peuple à gouverner sans eux. Ce peuple, qui ne serait alors qu’un pur agrégat d’individus égoïstes, ne peut concevoir que des intérêts particuliers et est incapable de partager le moindre souci de l’intérêt général. Partant de là, pour ces élites, la souveraineté du peuple ne peut exister, elle est une fiction politique.
Alexis de Tocqueville (XIXe siècle) faisait remarquer qu’il n’y pouvait y avoir de démocratie sans démocratisation de la culture et de la connaissance. Et de préciser qu’il était plus confortable pour l’élite au pouvoir de gouverner un peuple inculte puisque, possédant toutes les lumières, elle pouvait plus facilement maintenir son pouvoir sur un peuple qui n’en possédait aucune.
Un peu plus tôt, en 1792,
en pleine révolution, Condorcet disait que : « Tant qu’il y aura des hommes qui n’obéiront pas à leur raison seule, qui recevront leurs opinions d’une opinion étrangère, en vain toutes les chaînes auraient été brisées, en vain des opinions de commandes seraient d’utiles vérités. Le genre humain n’en resterait pas moins partagé entre deux classes : celle des hommes qui raisonnent, et celle des hommes qui croient. Celle des maîtres et celle des esclaves ».
C’est au XIXe siècle que naissent de grandes associations laïques qui visent à développer l’éducation pluridisciplinaire des adultes pour créer les conditions du progrès social ; l’éducation populaire est née1
Elle perdurera jusqu’en 1948 lorsque la ‘Direction de l’éducation des adultes et de l’éducation populaire’, mise en place au sein du gouvernement de 1944, est diluée dans une ‘Direction générale de la jeunesse et des sports’ ; elle perdra alors toute ambition politique. Même en, 1959 lorsqu’un ‘Ministère de la culture’ sera créé et mis sous la direction d’André Malraux, l’éducation populaire restera dans la ‘jeunesse et les sports’ et dérivera progressivement vers l’animation socio-culturelle.
De temps en temps l’éducation populaire tente de renaître (voir la SCOOP Le pavé2, entre 2007 et 2014) ; elle devient même au goût du jour depuis quelques année. Mais est-ce une véritable résurrection, ou sera-t-elle très vite à aseptisée ?

(1) – Voir ‘Sources documentaires’ : Jean-Michel Ducomte – « Anthologie de l’éducation populaire »
(2) – Voir ‘Sources documentaires’ : SCOOP Le Pavé – Conférences gesticulées

 

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