2 – La communication

Communiquer est un minimum.

Dans un premier temps, j’aimerais préciser ce que j’entends par ‘communication’.
Dans toute communication, il y a au moins une personne qui émet un message (c’est l’émetteur) et une personne qui le reçoit (c’est le récepteur). Ainsi, lorsqu’on envoie un mail à un de ses contacts, le message (qui renferme une information) passe de l’émetteur au récepteur. Mais, une fois le message parti, est-on certain qu’il a bien été reçu par le récepteur (s’il y a eu relation) ? A priori il est parvenu à son ordinateur mais son propriétaire n’en a peut être pas pris connaissance. On ne pourra le savoir que si le récepteur, en réaction à ce message, a modifié son comportement (et si on a perçu ce changement) ou nous a envoyé une réponse (devenant à son tour émetteur).
Donc, pour qu’il y ait réellement communication, un échange d’informations est indispensable.

La communication entre la mairie et la population
Pour que l’on puisse parler de communication,  l’information municipale devra être suivie d’un retour d’informations de la population vers la mairie. Et à l’inverse, la mairie devra répondre à toute information émise par la population.

La municipalité devra diffuser les informations complètes, contradictoires et compréhensibles par tout le monde. En effet, une information trop complexe ou mal rédigée sera vite incompréhensible (le message aura été envoyé ’dans le vide’). En rédigeant les messages il faudra donc faire en sorte que les interlocuteurs existent, c’est-à-dire prendre en compte les personnes à qui on s’adressera.

Pour toucher un maximum de personnes, les moyens à mettre en œuvre devront être variés (bulletins, outil Internet, affichages, réunions, porte-à-porte…), et de qualité. Tous les moyens seront bons pour que la population soit informée et puisse s’exprimer.
Internet offre des possibilités d’échange et d’information considérables. Cet outil est bien adapté à la communication : interactivité, participation du plus grand nombre… Il y a encore pas mal de familles qui ont du mal avec l’ordinateur (et celles qui n’en possèdent pas) ; communiquer avec cet outil sera sans doute un peu difficile. En revanche, la communication grâce aux téléphones portables sera une voie intéressante à explorer.

Malgré cela, certaines personnes auront toujours des difficultés à communiquer. Pour compenser cela, il faudra que les élus aillent à la rencontre de ces personnes plutôt que d’attendre, en vain, qu’elles fassent la démarche. Cela peut prendre la forme de porte-à-porte, ou de ‘Diagnostics en marchant’…

En communication, ne pas oublier que la simplicité a toujours plus d’impact que la complexité. Mais d’un autre côté, ne pas oublier non plus qu’une bonne participation ne va pas sans un bon niveau d’information de la population. Il faudra prendre le temps de faire de la pédagogie.

La communication peut être symétrique ou complémentaire selon la relation établie entre émetteur et récepteur :
– symétrique si elle repose sur l’égalité entre émetteur et récepteur (relation d’égalité) ;
– complémentaire si elle exprime une différence entre les deux.
Idéalement, la communication symétrique est préférable. Dans ce cas les échanges peuvent amener qualité de l’écoute et respect entre les interlocuteurs. Toutefois, si le premier message (celui de l’émetteur) est autoritaire, la réponse risque d’être également autoritaire ; il faudra l’accepter.
Une différence entre les personnes peut s’établir naturellement et peut être liée au statut hiérarchique, au niveau social, à l’âge, au niveau de compétences… Si une communication s’établit sur cette base, elle peut être harmonieuse si chacun accepte sa position et confirme la position de l’autre. Mais souvent, une personne désire affirmer sa supériorité* ; une telle attitude (relation dominant – dominé/soumis) ne peut que nuire à la qualité de la communication.
* Est-ce pour cette raison que, par exemple, la disposition des membres du conseil municipal de Luçon a été modifiée ? Il y a quelques années, tous les membres du conseil étaient assis en cercle, sans position dominante marquée ; aujourd’hui, maire et adjoints sont sur une estrade (domination spatiale) et font face aux conseillers municipaux.

La communication au sein de la population
Aujourd’hui les gens passent chaque jour d’une sphère privée, leur domicile, à une autre sphère privée, leur lieu de travail. Entre les deux, ils se déplacent le plus souvent seuls et ne se rencontrent que rarement. Il me paraît utile de proposer à l’ensemble de la population des endroits publics où ils pourraient (où ils auraient envie de) se rencontrer librement, discuter, échanger….
Idéalement il faudrait :
– un endroit public1 (place, jardin, rue…) par secteur identifiable2.
– un endroit public principal, emblématique ; un bar3 associatif serait idéal pour jouer ce rôle.

La médiatisation des dispositifs participatifs
Pour certains auteurs (Pierre Bourdieu, Daniel Gaxie) l’intérêt des citoyens pour la vie politique de leur cité, de leur région… possède un ‘cens4 caché’, à savoir que plus on va s’élever dans l’échelle sociale, plus va croître l’intérêt pour la politique5. Cela serait lié à un sentiment de compétence inégalement réparti dans la population. Un citoyen qui ne se juge pas compétent, exprimera son impuissance et, soit s’exclura de la vie politique, soit y participera sans avoir réellement d’opinions personnelles, en suivant celles d’autres personnes et/ou en jugeant les autres (les candidats à une élection par exemple) sur des critères moraux, sportifs ou à travers des stéréotypes (un tel à de l’allure, tel autre paraît honnête, ce sont tous des menteurs…).
En admettant que ce cens caché existe également dans les communes rurales, alors on peut penser que l’adhésion des citoyens aux différents dispositifs participatifs proposés sera faussée à la base. Une partie de la population en sera donc exclue (elle s’exclura d’elle-même) ; ces personnes ne participeront pas « … parce qu’elles ne se sentent pas compétentes, parce qu’elles ont l’impression que la politique c’est trop compliqué, parce que ça ne les concerne pas, ça n’a pas d’impact sur leur vie, que tout ça c’est pour les autres finalement. » (Clément Viktorovitch6).

Avec une telle situations, on voit malheureusement que les dispositifs participatifs auraient tendance à accentuer les inégalités sociales alors qu’en offrant la possibilité à toute la population de participer à la vie communale7 elles devraient faire le contraire. Alors, comment lutter contre cette auto-exclusion d’une partie de la population ?
Le même Clément Viktorovitch nous donne peut être une piste lorsqu’il dit que « Quand un dispositif participatif est très médiatisé, très visible, quand on communique dessus, et lorsqu’on fait un véritable effort pour intéresser les citoyens, alors ils participent. Avec la médiatisation nous avons là l’opportunité d’aller chercher ceux qui s’excluent d’eux-mêmes des dispositifs participatifs. »
Peut être que cette façon de procéder est efficace. Quoi qu’il en soit, il ne faudra donc pas hésiter à utiliser fréquemment les médias (journaux, radio et télévisions locales, ou ayant une plus grande diffusion, Internet) pour assurer la publicité de toutes les actions communales qui se feront à travers des dispositifs participatifs, des partenariats que nous mettront en place avec d’autres communes fonctionnant sur les même principes (avec échanges, visites…), des soutiens de personnalités, politiques ou autres, de toutes sensibilités (invitations, conférences, débats…), etc.
Ainsi informés, encouragés par les dispositifs participatifs à prendre part aux réflexions et aux décisions, gageons qu’il sera possible d’intéresser davantage de personnes à la politique de la commune ; ce qui devrait être plus motivant que d’aller voter tous les 6 ans.

(1) – Lieux équipés, avec bancs, panneau d’affichage…
(2) – Par exemple, il paraît évident qu’un endroit public situé à Péault ne serait pas très fréquenté par les habitants de Lavaud. Pour cette raison il faudrait créer des endroits publics proches des gens, voire simplement des ‘points de convergence’, de rencontre (on peut se rencontrer autour d’un panneau d’affichage, sur un banc…). On pourrait découper la commune en secteurs (avec limites floues). Pour faire simple, Péault, Lavaud et Le Coteau sont naturellement 3 secteurs bien distincts, ce qui fait déjà, au minimum, 3 endroits publics à prévoir. Mais, il est certainement possible de diviser Péault en secteurs plus petits. À voir.
(3) – Et pourquoi pas regrouper en un même lieu bar, bibliothèque et jeux ? (toujours sous une forme associative)
Pourquoi ne pas s’inspirer du « World cafe » ?
(4) – Disons plutôt un pseudo-cens ; mot employé dans le sens de tri effectué selon l’aisance financière, le niveau d’études, …
(5) – « La dimension élitaire des régimes représentatifs modernes est une évidence, elle a été théorisée comme telle par ses partisans dès les commencements… » Extrait de « Peuple et populisme » de Catherine Colliot-Thélène et Florent Guénard (voir « Sources »). Bernard Manin et son ouvrage « Principe des gouvernements représentatifs » est cité en référence de cet extrait.

(6) – Docteur en science politique, chercheur au Laboratoire Communication et Politique (CNRS)
(7) – Cela s’accompagnerait d’un désintérêt pour la vie collective en général, ce qui est sensible en particulier dans les associations qui peinent à renouveler leurs membres.

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